Oui, cela méritait une chronique
Bonjour et bienvenue dans cette nouvelle de « Graine qui peut ».
Même si cette chronique n’a aucunement vocation de traiter de sujets d’actualités, son écriture s’inscrit néanmoins dans son contexte. Alors je cherchais profondément un sujet qui puisse à la fois vous intéresser et vous faire prendre de la hauteur.
De la hauteur… Passer au-dessus des nuages. Imaginez un ballon rouge qui s’envole. Nous y sommes, ma réflexion s’est alors posée avec évidence sur : le « rêve ».
Quoi de plus naturel en somme que de vous amener à explorer ce thème et peut-être vous apporter un regard que vous ne lui aviez pas forcément porté jusqu’à présent. Si j’ai créé Sésame il y a deux ans c’est justement pour témoigner de celles et ceux qui réalisent et œuvrent dans leurs entreprises à construire ce monde que nous sommes nombreux à rêver.
Je vais tenter de vous démontrer comment le rêve est une des meilleures clés pour accéder à sa liberté, comment il peut transformer le chemin d’une existence en espérance plutôt que désespoir et enfin à quel point désirer réaliser son (ses) rêve(s) est un des actes les plus altruistes qui soit.
Mais avant de lever la tête pour s’envoler vers cette nouvelle promenade de « Graine qui peut », prenez le temps de regarder le mot :
REVER
Il est beau ! C’est un palindrome. Prenez-le à l’endroit, à l’envers, il vous dit la même chose. Quoi de plus merveilleux pour ce mot qui appelle à créer que de faire partie de cette famille.
Le rêve s’habille de toutes les étoffes sauf d’une selon moi : l’inutile. Suivez-moi, allons voir comme il est peut-être bon d’avoir le rêve avec soi dans la vie.
Acte 1 : Rêver, chemin d’accès à sa liberté
Le rêve est d’abord un acte de libération intérieure. Dans un monde où tant de contraintes — sociales, économiques, temporelles — nous enserrent, oser rêver revient à revendiquer une part d’espace inviolable. C’est refuser que notre horizon se limite à ce qui est déjà là, déjà possible, déjà autorisé.
Jean-Paul Sartre affirmait que « l’homme est condamné à être libre » et voici la phrase exacte tirée de « L’être et du néant » : “ Condamnés à être libres, sans rémission, et d'une liberté illimitée ! ”
Cette liberté n’est pas un cadeau certes, elle est une charge : nous sommes jetés dans l’existence sans mode d’emploi et devons inventer notre projet. Le rêve est précisément cet acte par lequel nous esquissons ce projet avant même qu’il ne devienne action. Il est l’espace où nous ne sommes plus déterminés par le passé ou les circonstances mais où nous devenons créateurs de sens. Sartre voyait dans l’imagination (et donc dans le rêve éveillé) une forme de néantisation du réel : nous nions temporairement ce qui est pour faire advenir ce qui pourrait être. Rêver, c’est exercer cette liberté radicale faire émerger nos désirs.
Faire émerger nos désirs, nos aspirations, faire parler notre essence, me mène à vous parler de René Descartes et ses rêves de la nuit du 10 novembre 1619 qui ne furent pas de simples songes nocturnes mais le déclencheur d’une révolution philosophique. Dans ces rêves, il entrevit la nécessité de reconstruire tout le savoir sur des fondations solides. Ce qui naquit de ces visions nocturnes, ce fut la méthode du doute et, finalement, le cogito : « Je pense, donc je suis ». Je suis tout à fait consciente d’aborder une autre définition du rêve avec cet exemple mais elle est différente au premier abord, si l’on y regarde de plus près, Descartes a un rêve qui est de s’accomplir par la formalisation de sa méthode, il va laisser cette nuit-là laisser le rationnel rencontrait l’irrationnel. Le rêve lui a donné l’accès à la mise en forme de son rêve. Il a pleinement utilisé la dimension onirique sans s’enfermer dans l’illusion ; il a ainsi permis à son rêve d’ouvrir la voie à une liberté de penser plus grande, délivrée des préjugés.
Le rêve est donc chemin d’accès à la liberté. Il nous rend propriétaires de nos aspirations et de nos souhaits. Tant que nous rêvons, nous ne sommes plus seulement le produit de notre histoire ou de notre environnement ; nous devenons auteurs.
Je ne résiste pas à l’envie de vous partager ces quelques mots de Khalil Gibran dans « Le prophète » qui se dessine comme un beau lien avec l’exemple de Descartes :
Pourtant l’intemporel en vous est conscient de l’intemporalité de la vie, et sait qu’aujourd’hui n’est que la mémoire d’hier, et demain le rêve d’aujourd’hui.
Se laisser libre de rêver nous arrache donc au poids du passé et nous projette dans un futur que nous pouvons, en partie, façonner. Conscient d’être libre et acteur, voilà de quoi pouvoir transformer le désespoir en des espoirs.
Acte 2 : Cheminer avec l’espérance
Une fois libéré par le rêve, le chemin reste à parcourir. Et c’est là que le rêve opère sa deuxième grande magie : il transforme le désespoir en espérance. Concrétiser son ou ses rêves c’est vivre.
Et vivre c’est espérer. Ce n’est pas moi qui le dit mais Maurice Zundel. Prêtre, théologien, écrivain, poète, il est un des plus grands penseurs spirituels du XXe siècle. Voici quelques mots de sa réflexion :
« Vivre c’est espérer. L’espérance n’est pas l’attente de quelque chose qui viendra du dehors satisfaire des aspirations inassouvies. Elle s’actualise dans l’accomplissement de l’exigence créatrice dont le terme est notre libération ... L’épreuve de notre liberté n’est donc pas un piège tendu à notre fragilité, elle est bien plutôt le seul accomplissement concevable de notre grandeur. »
Maurice Zundel décrit bien comme l’espérance n’est pas seulement deux mains jointes qui nous laissent dans l’attente du fruit mûr tombé de l’arbre mais bien de la conscience de nos actes créateurs pour que cette récolte advienne et cueillie par nos mains ... libres.
L’espérance, nourrie par le rêve, regarde le même réel mais y ajoute deux dimensions : la possibilité et l’action.
Et comment ne pas évoquer dans cet acte, Martin Luther King qui l’a incarné de manière fulgurante avec son « I have a dream ». Face à la ségrégation, au désespoir collectif d’un peuple opprimé, il n’a pas seulement dénoncé l’injustice. Il a peint un avenir désirable, vibrant, humain. Ce rêve n’a pas effacé immédiatement les souffrances, mais il a changé le regard sur elles. Il a transformé la lutte en chemin d’espérance. Et l’histoire a montré que ce rêve portait en lui une force réelle.
Ce dernier exemple me permet de vous exprimer oh combien le rêve ne nie pas la réalité difficile ; il l’habite autrement. Il remplace le cercle vicieux du désespoir (« ça ne sert à rien ») par le cercle vertueux de l’espérance (« ce que je fais aujourd’hui prépare demain »). Cheminer avec l’espérance, c’est avancer en portant son rêve comme une lanterne dans la nuit et ce qui nous éclaire nous, éclaire forcément les autres.
Acte 3 : Chercher à réaliser ses rêves est un des actes les plus altruistes qui soit
Enfin, et c’est peut-être le point le plus contre-intuitif : poursuivre son rêve n’est pas un acte égoïste. C’est, au contraire, l’un des gestes les plus altruistes qui soient.
Pourquoi ? Parce que le rêve réalisé rayonne. Il ne profite pas seulement à celui qui l’a porté ; il ouvre des chemins pour les autres. Chaque action née d’un rêve, chaque œuvre d’art, chaque innovation, chaque geste de courage inspiré par une vision personnelle contribue à élargir le possible collectif.
Le philosophe Peter Singer, dans sa réflexion sur l’altruisme efficace, insiste sur l’importance de maximiser le bien que l’on peut faire. Réaliser un rêve personnel, lorsqu’il est tourné vers le monde (une entreprise plus humaine, une innovation utile, une création qui élève), participe pleinement de cet altruisme : il crée de la valeur qui dépasse largement l’individu.
Et surtout, surtout, je tiens à relever que le rêve inutile n’existe pas : même celui qui semble le plus intime finit par toucher les autres, ne serait-ce que par l’exemple de la persévérance, de la créativité ou de la joie qu’il incarne.
Ainsi, oser réaliser son rêve, c’est refuser de priver le monde de ce que seule notre singularité pouvait apporter. Accepter l’infime est merveilleux, le reste comme je l’ai entendu récemment : « c’est du tout à l’égo ».
En conclusion, le rêve n’est pas une évasion. C’est un outil de liberté, un carburant d’espérance et un cadeau fait au monde. Il s’habille de toutes les étoffes sauf de l’inutile et je pense qu’à cette étape de lecture vous pouvez le saisir encore plus, car même le rêve le plus modeste, lorsqu’il est porté avec sincérité, participe à l’édification d’un monde meilleur.
Alors, osez. Levez la tête. Laissez votre ballon rouge s’envoler. Et qui sait ? Peut-être que, comme le mot REVER, votre rêve, pris à l’endroit ou à l’envers, vous ramènera toujours à la même vérité : celle de votre capacité à créer. Et oserais-je ajouter, commencer par ce premier rêve, créer la vie qui vous convient.
À bientôt pour une prochaine promenade de « Graine qui peut ».
De temps en temps je vous partagerai à la fin de ma chronique des liens ou des références qui m’ont fait du bien, aujourd’hui en fait partie :
Podcast : Le pardon à soi, sortir de nos guerre intimes.
Un épisode qui aborde avec une grande accessibilité cette notion si complexe du pardon.
Podcast : Guérir l’angoisse, dialogue avec le Docteur Philippe Presles
Parler d’angoisse n’est jamais aisé, se pencher sur les siennes encore moins. Le Docteur Philippe Presles donne ici des clés intéressantes et apaisantes.