Kessel

Lotus et bouche cousue.

Et puis je vous partage une clé pour comprendre pourquoi il est impossible de rater sa vie.

Graine qui peut !
6 min ⋅ 28/06/2026

Bonjour et bienvenue dans cette nouvelle édition de « Graine qui peut ».

Pour cette fois j’ai eu envie de vous parler de yoga, un peu dans le même esprit que la crise de la quarantaine. Ce qui m’a fait tilt pour ce sujet c’est le souvenir d’une conversation avec une amie qui me parlait d’une amie : « Sarah elle s’est mise au yoga, elle en fait 20mn chaque soir dans son salon et ça l’aide à gérer le stress au boulot. » Ladite Sarah a un très beau (quand j’écris très beau comprenez hiérarchiquement élevé) poste dans une entreprise internationale qui œuvre à la standardisation de nos modes de vie partout dans le monde. En repensant à cette conversation je me suis dit « Sarah se contorsionne sur ce tapis pour se détendre de toutes les acrobaties que lui demandent son travail ... » Le chien qui se mord la queue !! Ou de manière plus tranchée : un sparadrap sur une boule de pue ! Rien de ragoûtant, vous me direz. C’est vrai mais ça a le mérite d’être parlant. Je rejoins ici la horde d’intervenants qui soulèvent le fait que nous vivons dans un monde où l’on demande à juguler les stress et les anxiétés et rarement (voir pas) à aller à la source de ce qui génère ces stress pour transformer. Or ! Cher(es) lectrices (eurs) se réapproprier l’esprit global du yoga peut vraiment nous amener à une autre posture je vous l’assure ! Je vous promets pour la fin de cette chronique : des sourires, un peu de connaissance — ou de rappel pour les plus aguerris — et surtout une graine à germer. Cerise sur le gâteau : je vous partage un moyen de comprendre pourquoi il est impossible de rater sa vie.

Allons-y.

I. Au commencement, un lotus…

Les petites filles naissent dans les roses et Le yoga par la fleur de lotus, enfin plus précisément sa datation apparaît par la posture de la fleur de lotus. Il y a plus de... cinq mille ans. C’est important le « 5000 ans » cela nous sort du stéréotype de la salle de sport, du tapis en liège et de la story Instagram. Sentir ce rappel c’est un peu comme se pencher sur un gardénia, toute mémoire d’ailleurs mériterait que l’on s’y penche comme sur une fleur. Nous avons cette fâcheuse tendance à faire venir les choses à nous au lieu de s’y pencher, nous nous privons alors de cette posture qui permet de se mettre en relation et ainsi capter l’essence ....

Alors, venez, approchez-vous, je vous raconte.

Dans la vallée de l’Indus un sceau avait été découvert et sur lequel était gravé ce qui pourrait être le dieu Shiva dans une posture méditative. Les historiens restent prudents donc moi aussi mais le consensus actuel est d’être d’accord avec le fait que cette découverte ancre la date du début de la pratique du yoga.

Yoga, savez-vous ce que cela signifie ? Sa racine vient du mot sanskrit yuj : relier. Le corps à l’esprit, l’individu au cosmos, le dedans au dehors.

5 000 ans qu’une part de l’humanité a décidé de dédier du temps et une façon d’être au monde en se reliant. J’écris volontairement une « façon d’être au monde » car il y a plus de 2 000 ans Patanjali couche par écrit ce qui circulait jusqu’alors oralement : les Yoga Sutras. 195 sutras — le mot veut dire « fil », comme celui d’un collier — pour décrire un chemin en huit étapes (Ashtanga). L’éthique, la discipline intérieure, la respiration, la méditation, la concentration, le détachement, l’état de conscience pure… et les postures. Les fameuses asanas. Un huitième du chemin. Pas plus, pas moins.

Donc nous braves fréquenteurs des studios comme se nomment désormais les temples à décontractions ne pratiquons en moyenne qu’1 voir 4 aspects du chemin.

Alors que s’est-il passé ?

L’occident découvre le yoga en 1893, le moine hindou Swami Vivekananda se présente au Parlement des Religions de Chicago et captivera son auditoire avec la philosophie indienne. Si l’on se repositionne dans le contexte historique on peut qualifier l’entrée du yoga dans notre culture comme solennelle et par la grande porte. Jusque-là l’esprit est intact et l’ensemble préservé. Quelques décennies plus tard, Krishnamacharya, considéré comme le père du yoga moderne, forme les disciples qui vont répandre la pratique dans le monde entier. L’une d’elles, Indra Devi, première femme occidentale à le suivre, s’installe en Californie et enseigne le yoga à l’élite d’Hollywood. La Californie devient ainsi le berceau moderne du yoga. La demande explose. Les studios poussent. Les formations s’accélèrent. Au passage je tiens à vous préciser que l’on appelle « studio » un lieu où s’enseigne le yoga car il vient de nos origines latines où le « studium » désignait : l’effort intellectuel, l’étude, l’application. Avec le temps tous les lieux qui demandent travail et répétitions pour affiner, s’appellent alors studio : studio d’artiste, d’enregistrement, de cinéma etc... Donc « studio » ce n’est pas juste classe ou snob, c’est une valeur d’expression.

Mais en parlant de valeur c’est bien ce que nous avons étiolé au fil du temps, les puristes sont relégués au rang preque d’inconnus. Qui connaît encore en France François Lorin ? Pourtant cet homme a une connaissance et une transmission du yoga remarquable et non ... remarquée. Il mériterait à lui tout seul une chronique.

Ce n’est ni mal, ni bien, c’est un constat, nous avons doucement perdu en route la dimension spirituelle et philosophique du yoga, pour n’en garder que la posture corporelle qui est un atout pour notre santé c’est indubitable.

II. Les bienfaits incontestables d’un yoga postural

Oui, la pratique du yoga est bonne pour nous. Et la science le confirme vous le savez certainement mais je vais quand même en rappeler les grandes lignes, ça ne mange pas de pain.

De nombreuses études scientifiques prouvent que la combinaison de postures, de respiration consciente et d’attention aux sensations stimule le système nerveux parasympathique — celui qui gère la récupération et la détente. Résultat concret : le rythme cardiaque ralentit, la tension artérielle baisse, le cortisol — l’hormone du stress — diminue. Des études montrent aussi qu’une pratique de 20 à 30 minutes, trois fois par semaine, produit des effets mesurables en 4 à 6 semaines. Sur le stress, l’anxiété, les troubles du sommeil, les douleurs chroniques, abaisse la tension artérielle et réduit l’inflammation liée au stress.

C’est documenté, c’est sérieux, c’est réel. Une heure de yoga par semaine fait objectivement du bien. Sarah a bien raison d’en faire tous les soirs dans son salon.

Mais ! Faire du bien n’est pas la même chose que transformer. Et c’est enfin maintenant qu’entre en scène le ... sparadrap.

III. Le sparadrap…

37 milliards de dollars. C’est la taille du marché mondial du yoga. Je sais, c’est vulgaire de parler d’argent. Mais entre grandes personnes on peut se dire les choses. Dans les vapeurs d’encens et de bienveillance, on oublie facilement que le yoga est aussi devenu un business. Et le business a ses lois : rentabilité, volume, efficacité. Les studios surgissent comme des champignons, les certifications se délivrent en week-end, les influenceurs en équilibre sur un rocher au coucher du soleil envahissent nos écrans. On ne vous parle plus des huit étapes de Patanjali, on vous vend le Mont de la Sérénité pour 9,99 $ par mois.

Donc si je résume à ce stade, nous avons gardé : le lotus, la salutation au soleil, la respiration, la méditation, le namaste murmuré en fin de cours. Ce que nous avons perdu : l’éthique, la valeur spirituelle, le travail intérieur. Nous avons collé un sparadrap brillant sur notre réalité organique et spirituelle. Le yoga est devenu une réponse à l’anxiété moderne mais produite par une société qui n’a pas changé d’un iota. On respire une heure. On ressort dans le même trafic. On rouvre les mêmes applications.

Pratiquer le yoga moderne pour se réapproprier une harmonie entre pour moi dans la même catégorie que ce qui diffère de soigner (soi nier) et guérir (gai rire). Il y a en effet une différence entre soulager la douleur et en comprendre l’origine. Les sutras de Patanjali, eux, proposaient les deux.

IV. Être au monde plutôt que lui échapper

Je vous ai menti, il n’y a pas que l’anecdote de Sarah qui m’a fait réfléchir à ce sujet du yoga et la façon dont nous l’appréhendons, il y a aussi et surtout ce livre : “Cette lumière d’où vient l’enfant”, de Frédérick Leboyer — médecin accoucheur, poète, humaniste. Un livre sur la naissance qui invite à accueillir le nouveau-né non pas comme un événement médical à gérer, mais comme un être sensible qui arrive d’un autre monde et mérite une attention totale, douce, presque sacrée.

Quel rapport avec le yoga ? Tout. Le livre suit en photographies et en textes poétiques la grossesse de Vanita, une jeune femme indienne qui, tout au long de l’attente de son enfant, pratique le yoga. Pas pour performer. Pas pour déstresser avant une réunion. Pour habiter son corps. Pour rester présente à ce qui traverse. Ce livre m’a fait comprendre quelque chose que les studios ne nous disent pas (ou très rarement) : dans sa culture d’origine, le yoga n’est pas une activité qu’on fait. C’est une manière d’être. Il est tissé dans le quotidien, dans le rapport au corps, à la vie qui commence, à la vie qui passe. On ne le consomme pas. On le vit. Ici il n’est plus question d’esthétique, il est question de Vie.

Ce n’est pas la posture qui transforme — c’est l’intention qu’on y met. Ce n’est pas l’heure sur le tapis qui change quelque chose — c’est ce qu’on accepte de voir quand on s’arrête.

En guise de conclusion

Alors ? Si j’ai souhaité rédiger cette chronique c’est comme pour toutes les autres. Offrir un temps pour prendre un poil de recul pour se demander pourquoi l’on fait, l’on ne fait pas, certaines choses. Pour celles et ceux que ça intéresse je vous ramène à ma chronique sur la différence entre la cohérence et la congruence. Prendre quelques minutes pour se demander si c’est « automatique » ou « choisi ». Cette nuance peut déjà changer beaucoup de choses. La culpabilité par exemple, celle qui sonne aux creux de nos omoplates avec ses mots « pas assez » « peut mieux faire ». Mais pas assez de quoi ? Mieux faire de quoi ?

Oui ce tapis qu’il soit en liège ou non est utile et encore plus si on s’y place avec une curiosité différente. Respirer qu’il y a un fond derrière la forme. Que l’existence ne se saucissonne pas forcément, qu’il est possible de toucher une harmonie, d’opérer à un liant. Que le namaste n’est pas qu’une façon polie de dire au revoir (ou bonjour). Que la respiration n’est pas qu’un exercice — c’est le fil d’un collier d’une succession d’évènements qui s’appelle ... la vie.

À la prochaine graine.

Le partage que je vous promettais au tout début.

Oui la vie est une succession d’évènements, elle ne sépare pas comme l’image d’un bilan comptable, elle est un tout. Grâce à cette perspective il est alors a tout à fait aisé de comprendre qu’on ne peut pas rater sa vie. Impossible. Nous pouvons rater un projet, un diplôme mais pas sa vie. Ce que nous ratons c’est l’objectif, le narratif que nous nous étions fixés. Nous ne sortons pas du ventre de nos mamans avec une feuille d’objectifs à remplir. C’est ce que démontre avec cohérence Marc Welinski dans le livre éponyme : « Pourquoi il est impossible de rater sa vie. » Voici donc mon partage et mon invitation à lire ce livre. Et pour ceux qui n’ont pas le temps et qui ont une heure de trajet pour aller à leur séance de yoga ;) je vous mets le lien vers cette interview vivifiante et moultement enrichissante de Marc Welinski au sujet de ce livre et Franck Lopvet. Remontage de moral assurés.

Merci de m’avoir lue jusqu’ici. N’hésitez pas à partager cette chronique au gré du vent de vos envies, parce qu’avant de germer…les graines ont besoin d’être essaimées.

Je consacre une grande partie de mon temps à nourrir mon site Sésame, pour rassembler en un lieu les initiatives inspirantes sur les sujets de : l’économie, l’agriculture, l’éducation, la santé et le collectif. 5 thèmes, 1 optique : faire des ponts et offrir à voir, que ce monde durable et prospère dont nous rêvons et déjà en construction. Pourquoi Sésame ? Pour un ouvrage aux 100 témoins et ainsi faire ma part d’inspiration.

Graine qui peut !

Par YASMINA ZAKRANI

À propos de l’auteur de Graine qui peut ! …La main qui rédige Graine qui peut est la même qui, il y a un an a lancé le Projet Sésame (https://projetsesame.org). Un média que je porte à bout de clavier et de cœur. Sésame est né d’une conviction simple : on parle trop des problèmes et pas assez des solutions qui marchent déjà. La mission est claire – éclairer le changement et donner à voir « l’autrement » : ces initiatives concrètes, souvent disruptives, qui construisent un monde durable et propice au bien-vivre ensemble. Que ce soit une médecine plus systémique et humaine, une agriculture régénératrice, des façons neuves de penser l’éducation, la vie en communauté ou la façon de revoir nos modèles économiques, je cherche, tel un chien truffier, les graines d’avenir partout dans le monde et vous partage ces parcours inspirants avec joie. Essayant d’incarner à minima ce en quoi je crois, Sésame grandit donc au rythme des témoignages que je récolte. S’il y a deux, trois articles qui viennent le nourrir en une semaine, c’est une excellente nouvelle, si je ne glane rien pendant quinze jours eh bien …. c’est ainsi. C’est pour cette raison que je me suis enchantée toute seule à décider de rédiger Graine qui peut, c’est pour moi le trait d’union entre chacune de mes moissons de ressources inspirantes.

Et comme je ne sais pas vivre sans écrire, j’ai aussi publié deux recueils de poésie où je tente, à ma petite échelle, de mettre des mots sur ce qui nous relie et nous dépasse.

Bref, je passe mes journées à chercher la beauté (celle qui insuffle, apaise) et à la raconter.