"Si tu vois tout en gris, déplace l'éléphant." Proverbe indien

Vous prendrez bien un petit bain de couleurs ?

Graine qui peut !
7 min ⋅ 21/12/2025

J’ai envie pour cette nouvelle chronique de « Graine qui peut » de vous parler de couleurs et comment nous pouvons les considérer « autrement ». Autrement c’est ma maraude, mon leitmotiv. C’est pour cette raison que j’ai créé le site Sésame pour offrir et témoigner de celles et ceux qui explorent de nouvelles voies dans les domaines de la santé, l’économie, l’agriculture, la santé et la communauté. Quand tout semble “bouché”, on peut essayer de faire/voir “autrement”. Je pense tenir cela de mon papa qui était capable de tout transformer par son invitation lui aussi à regarder différemment. Je vous partage une anecdote : lors d’un déjeuner dans ma maison où la salle à manger donnait sur une fenêtre pas très grande (ou un peu petite, comme vous préférez) papa me dit dit alors qu’il lançait son regard vers l’extérieur : « tu as vu, c’est comme si nous étions en croisière. ». Cette simple phrase avait réussi à éveiller en moi la sensation d’une telle virée! Nous n’étions absolument pas en perspective de vacances lui et moi à cette période et pourtant sa remarque m’avait menée loin et détendue. Mon quotidien pouvait prendre une autre allure et il venait de me le démontrer encore une fois.

Avant de s’avancer sur le chemin de la promenade que je vous ai préparée pour aujourd’hui, arrêtons-nous quelques instant sur ce proverbe qui titre la chronique. “Si tu vois tout en gris, déplace l’éléphant.” Vous le saisissez tout de suite, il invoque plusieurs choses :

  1. les soucis peuvent être nombreux (il n’y a pas qu’un seul éléphant en Inde), il peut dire aussi que nos pensées moroses peuvent nous empêcher de bien voir tellement elles prennent de place.

  2. si l’on souhaite ne plus voir en “gris” (que ce soit régler nos problèmes ou chasser nos mauvaises pensées) il faut se mettre en mouvement et être acteur. Le proverbe ne dit pas “attend que l’éléphant soit passé”, il dit “déplace l’éléphant”.

  3. au-delà des problèmes il y a évidemment autre chose : la vie qui se déploie à nouveau. Ce proverbe très court est en même très évocateur. On les voit bien les gens marcher, vaquer, s’affairer, derrière cet éléphant tout gris… et c’est là que cela devient intéressant, ce proverbe ne dit pas : derrière les problèmes le bonheur mais à mon sens il déclare plutôt, derrière nos pensées sombres ou nos problèmes, il y a …. la Vie ! Et la Vie dans ce proverbe est induite par l’idée que derrière le gris il y a : la couleur.

Ce que je vous propose c’est de considérer que les couleurs sont le reflet au sens propre comme au figuré de nos existences. Dans un sens évidemment, pas un tout absolu mais un chemin à mon humble avis qu’il est amusant, voir intéressant d’explorer.

Oui la couleur est un reflet. Au sens propre comme je vous l’exprimais en premier puisque la couleur n’existe que grâce à la lumière, sans lumière il n’y a pas de couleurs, cela paraît évident mais il me semblait important de le rappeler sans pour autant partir dans des explications scientifiques. Et je pense que vous avez saisi ici le sens de mon propos. La couleur existe grâce à la lumière sur la matière. Il est intéressant de relever à cet endroit que dans tous les textes de la Grèce antique la couleur bleu n’est jamais citée. Ce n’est pas comme s’il n’y avait pas d’eau et de ciel dans leur environnement insulaire mais JAMAIS dans les descriptions n’apparaît la couleur : bleu ... C’est là une question existentielle pour le petit être humain que je suis et pour qui la couleur bleue est une des plus importantes. Comment peut-on vivre sans pouvoir définir cette teinte ? Je doute que la météo en Grèce à cette période équivalait à celle de Brest aujourd’hui (pardon pour nos amis bretons !), ou que les fonds marins étaient envahis d’algues leur offrant une teinte verte ou grise. Bref la question est en suspend et me gratte suffisamment le cuir chevelu pour me demander : mais pourquoi le fait qu’une couleur manque à l’appel pendant une période de notre Histoire nous interroge autant ? Eh bien parce qu’elles signifient bien plus qu’un acte de désignation, les couleurs ont un sens bien plus profond puisqu’elles interpellent par leur absence ! Ben oui !

Cette transition quelque peu tarabiscotée je vous le concède mais néanmoins hautement acceptable me mène à pouvoir vous parler de leur aspect figuré, symbolique, charmant, intéressant.

Oui, la couleur est un langage, un code. Et lorsque l’on pénètre cet univers, c’est passionnant. J’ai fait des études de commerce et donc ma connaissance à ce sujet s’est très longtemps limitée à la valeur symbolique pour pouvoir vendre et capter l’attention. Le rouge c’est la force, la puissance – une affirmation m’avait d’ailleurs frappée à ce sujet dans le TEDx de Jean-Gabriel Causse. Bon, qui date de 2015, mais à l’époque cette statistique est vraie : il y a trois clubs en rouge en Angleterre ; Liverpool, Manchester et Arsenal, elles avaient à cette période gagné 39 des 69 championnats depuis la guerre. La force on vous le dit !! - Le bleu ça rassure, le jaune ça donne l’énergie, blabla blabli blabla vous voyez de quoi je quoi je parle. Bref j’en étais là des couleurs : un outil marketing, une tendance donnée par la mode (on en parle de la phase fluo ?), des périodes pour les grands maîtres de la peinture.

Et puis un jour. Lors d’un échange informel avec une charmante personne, je me suis mise à lui partager mon agacement à tâcher bien trop souvent mes vêtements à l’eau de javel et dans le même temps (oui je suis une machine à paroles) lui montrer un sweat que je venais de m’offrir, ample, confortable, de couleur sable. Cette personne praticienne chevronnée et instruite en matière de « connaissance de soi », m’avait répondu tout de go : « tu as besoin de vacances, tu laisses des marques sur tes vêtements comme pour signifier que tu as besoin de place, de « plages » de libre, et ton sweat c’est la plage entière que tu viens de choisir, observe l’effet de la javel sur le tissu et la couleur sable, elles sont proches ! Et la couleur sable c’est le symbole du repos, de la pause qui est appelée. »

Je précise à cet endroit du récit, que la couleur sable est une teinte que je n’avais jamais choisie jusqu’alors et encore moins depuis – sinon, vous noterez qu’il y a redondance avec le sujet des vacances cité plus haut, j’ai depuis rééquilibré le sujet –.

Sa réflexion tombait tellement juste que j’en suis restée ébaubie !

Une lumière nouvelle s’allumait au plafond de mes pensées : on ne choisirait pas les couleurs uniquement parce que l’on trouve cela joli ou que l’on serait sous le joug de dictateurs de la mode ou encore de manipulateurs mercantiles mais qu’elles parleraient aussi de nous ? De nos états intérieurs, de nos besoins refoulés du moment ? Est-ce qu’en savoir plus sur ce sujet aiderait à mieux comprendre nos états émotionnels profonds ? À se surprendre dans un déni ? Ou du moins aiderait à clarifier certaines façons d’agir, de considérer et donc de voir le monde ? 

Je vais d’ailleurs faire ici une « parenthèse » sur l’idiome : « voir la vie en rose » qui doit sa popularité extrême (et non son origine, nuance) grâce …. À la chanson d’Edith Piaf. Eh oui ! 50 millions d’exemplaires dans les années 50 ça aide à poser le concept. Concept qui au départ parle du sentiment amoureux, puis plus largement du bonheur quelques années plus tard. Et ce qui est très amusant c’est que depuis quelques années l’on peut se voir prescrire des lunettes teintées en rose pour être soulagés de migraines : https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1876220423000717.

La science elle aussi nous invite à teinter la vie de rose pour soulager nos maux de crânes. De là à penser qu’il y a un lien entre la symbolique que l’on accorde à une couleur et l’effet physiologique qu’elle exerce concrètement sur nous... il n’y a qu’un pas ! Pas que je vous étaye au chapitre suivant.

Mais ! Avant, pour fermer la parenthèse je vous pousse le lien (et non la chansonnette) de ce mastodonte musical : , vous la chanterez en repensant à la place des couleurs dans nos vies :).

Alors. Place, sens et possibles effets des couleurs dans nos vies. En lien avec cette première réflexion rose/rose, comment pourrait-on considérer qu’elles décèlent une signification plus profonde que l’aspect esthétique (mode, déco...), plus subtile que sa place dans l’art pictural (signification et choix des couleurs sont souvent des codes), plus forte que la symbolique dans chacune de nos cultures (le noir ou le blanc choisis pour le deuil par exemple), au sein de notre univers visuel ?

Cette question est issue...d’une question.... Que je me suis posée : d’où vient le choix des couleurs pour illustrer nos principaux chakras ? Pour être plus précise et que vous puissiez bien saisir le sens de mon interrogation, comment une tradition millénaire mais sans appui scientifique a pu déterminer son choix ? Alors que ce choix-même est aujourd’hui validé par la science ou la psychologie moderne des couleurs.  Je m’explique. 

First of all, revenons à l’épicentre de toute cette agitation neuronale qui m’a animée au point de vous écrire : la couleur.

Je vous ai dit ne pas partir dans des explications scientifiques mais on va en faire un chouia quand même. La couleur c’est la perception par notre œil d’une longueur d’onde. En gros, très gros, emballé avec du bolduc de vulgarisation extrême, le couleur c’est une fréquence énergétique que l’on capte. Plus précisément (oui, je peux à la fois vulgariser et préciser) : « des ondes électromagnétiques transportant chacune une énergie bien précise en valeur ». https://chimie-et-arts.ens-lyon.fr/index.php/la-couleur/

Vous me voyez venir avec mes petits sabots de Lorraine ?

Prenons par exemple la couleur rouge. Dans la roue des chakras, le rouge correspond au chakra racine. C’est notre ancrage, la force vitale, le feu, le sang, la terre. Et que produit physiologiquement la couleur rouge sur nos petits êtres ? Dans le mille, Mimile ! Elle augmente le rythme cardiaque, la tension artérielle, et peut même régénérer, réparer des tissus cellulaires (est-ce que par hasard ne vous viendrait pas à l’esprit à cet instant ces produits à lumière rouge pulsée qui inondent les vidéos et les visages en quête de rajeunissement sur les réseaux sociaux ces derniers temps ?).

Notez que la couleur rouge est la couleur ayant la vibration la plus basse (on tombe au cœur de la matière) et la longueur d’onde la plus longue (la force).

Je ne vais pas passer en revue l’intégralité des couleurs de l’arc-en ciel euh pardon des chakras ! Et remarquez au passage que ce sont les mêmes couleurs. C’est beau non ?

Mais parce que j’ai l’esprit un tantinet consciencieux je rappelle ci-dessous leur correspondance : 

  • Chakra racine – rouge

  • Chakra sacré – orange

  • Chakra du plexus solaire : jaune

  • Chakra du cœur : le vert

  • Chakra de la gorge : le bleu

  • Chakra du troisième œil : l’indigo

  • Chakra de la couronne : le violet

Je ne résiste pas au fait néanmoins de souligner que la couleur violette possède la longueur d’onde la plus élevée, pour la couronne de l’éveil de l’esprit ça tombe bien !

Je vous ai donc promenés un peu au pays des couleurs. J’ai d’abord commencé par ce proverbe indien (qui j’en suis sûre a appelé spontanément la couleur rose une fois que l’on a déplacé l’éléphant…), puis je vous ai parlé de pouvoir regarder la (sa) vie autrement. Et maintenant que nous avons sorti toute la palette avec le sens émotionnel, énergétique que l’on peut lui attribuer, j’aimerais appuyer sur la nature des couleurs (en majorité) qui nous environnent depuis ces dernières années : neutres ou grises (qui plus est dans un environnement urbain). Prenons un exemple un peu plus précis : la voiture. Une départementale aujourd’hui c’est un camaïeu de couleurs ... achromatiques (blanc, gris, noir tenants la tête). Il y a 40 ans, le rouge, le vert, et le jaune étaient dans le top 5 des coloris des automobiles, la route à cette époque c’était plus une guirlande de guinguette qu’une succession de carrosseries qui riment avec ...gris ! Alors oui je sais ! Vous allez me rétorquez que c’est une question de goût, de mode, de classe, de valeur sûre .... Oui ! Je suis d’accord avec vous. Mais ! Ce que je souhaitais mettre en lumière (en couleur) au bout de plus de 1900 mots c’est la beauté d’un monde en couleur, parce que plus qu’une référence pantone c’est une vibration, une invitation, un lien à nous-même. Et peut-être qu’à trop l’oublier ou le négliger on viendrait à se couper d’une certaine joie. Alors il ne s’agit pas de transformer sa garde-robe et sa maison en scène Bollywodienne (que j’aime beaucoup au demeurant) mais peut-être ici ou là prendre pleinement plaisir à se laisser guider par une envie particulière de couleur sans se demander forcément ce que cela veut dire mais en sachant un peu plus que cela peut faire du bien, réellement du bien. C’est du moins ce que j’espère avoir pu vous apporter tout au long de cette chronique. De toute ma réflexion, la plus poétique et que j’ai citée plus haut, c’est cette similitude entre les couleurs de l’arc-en-ciel et nos centres d’énergie. S’imaginer en arc-en-ciel je trouve cela très poétique.

Beaux moments de poésie à tout(e)s.

PS : Je vous mets ici les références et d’ouvrages sur les couleurs qui m’ont passionnée :

Michel Pastoureau / Dominique SIMONNET : Le petit livre des couleurs - Éditions Points

Michel PASTOUREAU : Rose, histoire d’une couleur - Éditions Seuil - Michel Pastoureau est une grande référence dans le monde et l’histoire de la couleur et il a consacré de très nombreux ouvrages à chacune d’elle.

Jean-Gabriel CAUSSE : L’étonnant pouvoir des couleurs - Éditions Flammarion , il y a également cette émission sur ABC Talk TV

Le lien (le plus ludique) qui fait référence à ma découverte lors de cet échange sur la couleur sable.

Graine qui peut !

Par YASMINA ZAKRANI

À propos de l’auteur de Graine qui peut ! …La main qui rédige Graine qui peut est la même qui, il y a un an a lancé le Projet Sésame (https://projetsesame.org). Un média que je porte à bout de clavier et de cœur. Sésame est né d’une conviction simple : on parle trop des problèmes et pas assez des solutions qui marchent déjà. La mission est claire – éclairer le changement et donner à voir « l’autrement » : ces initiatives concrètes, souvent disruptives, qui construisent un monde durable et propice au bien-vivre ensemble. Que ce soit une médecine plus systémique et humaine, une agriculture régénératrice, des façons neuves de penser l’éducation, la vie en communauté ou la façon de revoir nos modèles économiques, je cherche, tel un chien truffier, les graines d’avenir partout dans le monde et vous partage ces parcours inspirants avec joie. Essayant d’incarner à minima ce en quoi je crois, Sésame grandit donc au rythme des témoignages que je récolte. S’il y a deux, trois articles qui viennent le nourrir en une semaine, c’est une excellente nouvelle, si je ne glane rien pendant quinze jours eh bien …. c’est ainsi. C’est pour cette raison que je me suis enchantée toute seule à décider de rédiger Graine qui peut, c’est pour moi le trait d’union entre chacune de mes moissons de ressources inspirantes.

Et comme je ne sais pas vivre sans écrire, j’ai aussi publié deux recueils de poésie où je tente, à ma petite échelle, de mettre des mots sur ce qui nous relie et nous dépasse.

Bref, je passe mes journées à chercher la beauté (celle qui insuffle, apaise) et à la raconter.