ou comment se préférer congruent que cohérent
Bonjour et bienvenue pour cette troisième de “Graine qui peut” !
Ah la nouvelle année ! 2026. Année 1 comme nous targuent tous les numérologues, astrologues, podologues... ah non pas eux ! quoique ! N’est-il pas primordial d’être bien dans ses chaussures dans ce monde passé du sympathique acronyme VUCA (vulnérable, incertain, complexe, ambigu) à celui de BANI (fragile, anxieux, non-linéaire, incompréhensible) ?
La réponse est oui, évidemment que oui ! Je tenais à pouvoir aborder ce sujet de congruence parce que nous sommes dans une ère de dissonance cognitive accomplie ! D’un côté l’on nous assène de respecter le climat, de l’autre, trois publicités sur trois sont pour des voitures, les réseaux sociaux pullulent d’influenceuse(eur)s qui voyagent à tout va. On vous supplie de moins consommer et dans le même temps on ouvre des temples entiers de produits pas chers et à la mode. On nous informe des bienfaits prouvés de bien s’alimenter tout en faisant la promotion ardente du sucre et des graisses saturés. Comment ne pas perdre le Nord de sa boussole dans un tel capharnaüm ?
Pour ma part je pense que cette situation de non-sens que nous traversons et à la fois tout à fait normale puisque nous avons tous les signaux d’une période de transition civilisationnelle et est également une immense invitation à passer de « je dois être cohérent à « je cherche à être congruent » car il est fort probable que l’on soit beaucoup plus à l’aise avec les pieds dans des chaussures congruentes que des souliers cohérents pour cheminer sur cette faille transitionnelle.
Alors attention ! Achtung ! Be careful ! « À l’aise » dans mon jargon signifie « en harmonie », ça ne veut pas dire patins à roulettes auto-propulsés. Je ne suis pas vendeuse de poudre à perlimpinpins et autres remèdes pseudo-miracles du bien-être. Être à l’aise selon moi c’est être en équilibre, quelques soit la situation (bonne ou mauvaise). Ce que je vous propose ce n’est pas de changer d’environnement, c’est de se débrouiller avec nos propres ressources internes pour avancer avec plus d’aisance dans ce même environnement. Bref on en revient toujours au même sujet : les godillots !
Je suis satisfaite du jeu de mots de cette chronique comme Christophe Michalak devant ses Klassik. (Pour les gourmands qui ne connaissent pas c’est par là : https://www.christophemichalak.com/)
« De biais, deux faces », je vous explique : est-ce que vous pouvez s’il-vous-plaît vous décaler de sorte à bien pouvoir voir comme nous petits humains sommes duels. C’est bon vous y êtes ? Marvellous !
Première excellente nouvelle de cette chronique : nous sommes entiers ! Admirez-vous parce que je viens de vous aider à vous voir tel que vous êtes : une médaille !
Tadaaaa !
Deuxième bonne nouvelle de cette chronique : en regardant les deux faces de la médaille que nous sommes il peut-être alors possible de passer de co(n)hérent à congruent ! – dans les deux cas subsiste néanmoins la possibilité d’être, demeuré « con » ..., mais je vous rassure, lorsque cela est le cas, nous sommes les seuls à ne pas le savoir donc tout va bien :) .
La cohérence c’est : « je fais ce que je dis, je dis ce que je fais. »
Alors, c’est déjà énorme, que de réussir à être tout le temps cohérent. Moi par exemple en fumeuse patentée, je suis dans l’entière capacité d’affirmer à mon enfant : « fumer ce n’est pas bien ! ».
Là, j’affiche 0% de cohérence. Néant ! Le mot disparaît du champ sémantique de ma vie comme le miel se dissout dans le thé.
Je pourrais vous partager ma liste d’incohérences mais d’une part ça serait mal-élevé et d’autre part je pense qu’un seul exemple a suffi à vous faire saisir la justesse d’être cohérent.
Ce qui m’amène à écrire : la cohérence est à la morale ce que le sourire hypocrite est à la politesse : une façade.
Il y a des règles, on les suit, point barre, fin du processus, circulez, vous pouvez vivre, y a plus rien à comprendre !
Oui mais non (toujours selon moi) !
On va garder mon exemple, je suis bonne pâte. Si je souhaite remettre de la cohérence dans ma situation il y a deux solutions possibles :
Pour être cohérente je peux simplement arrêter de fumer, ainsi ma phrase sonne comme l’eau de la source de la vérité. Amen.
Pour être cohérente je peux continuer à fumer et affirmer à mon enfant que c’est tout à fait normal ! Je provoque évidemment mais c’est pour le bon déroulé de l’exposé.
Dans cette situation (comme tant d’autres), il y a un facteur majeur que la posture de cohérence me refuse, qui est, de m’observer et m’accepter dans l’entièreté de mon être. De me demander : pourquoi ? Pourquoi je fume ? Et là vous allez me comprendre. Tant que je n’aurai pas souhaité me poser sincèrement cette question et surtout désirer y répondre, ma cohérence va me desservir et faire mal.
Je développe pour être bien claire :
- Dans le premier scénario : j’arrête parce que la question a soulevé mon incohérence. Il est fort probable que je passe de fumeuse patentée à mangeuse compulsive, sportive angoissée, anxieuse fully refoulée... Sur le long terme je sais pas si c’est la meilleure option.
- Dans le second scénario : je suis en mode « no future » ma cohérence est éclatée comme disent les jeunes. Enfin mais quelle idée d’affirmer à un enfant que pas grave, on s’en fout de fumer ?!!!!! No !!!
Je l’écris toute seule comme une grande ; dans les deux cas ce type de cohérence tient du beurre périmé, elle peut finir par rendre malade.
Et le pire du pire, c’est qu’à vouloir être cohérent on glisse vers le déni de tous les sujets où on ne peut pas l’être. La cohérence interdit la nuance. Selon moi le truc qui coince il est à cet endroit : la possibilité de la nuance. Et dans un monde où la pensée a été érigée en silo ben c’est pas facile facile. Parce que (et ça me rappelle un sketch de Florence Foresti où elle scandait : j’adore la merde ! ) notre structure mentale a été fondée sur : bien / pas bien. Et comme on veut tous être « bien » on préfère laisser baigner tous les sujets qui fâchent dans l’océan du déni .... Que dis-je océan ? Triangle des Bermudes de ce qui ne rentre pas dans les cases de ce qui fera de nous : un bon être humain, qui fait tout bien. Et comme on nous en demande trop, on ne fait plus rien ! Je vous invite pour un peu d’humour à voir ou revoir cet appel de Karim Duval.
Je défends ici l’idée que la vie nous invite à faire : pour le mieux et non tout parfaitement.
Voilà pourquoi je soumets l’argument qu’imposer la cohérence est comme ériger un barrage qui ne pourrait jamais s’ouvrir... Tout ce que nous refoulons, mettons de « côté » (avec bonne foi attention, l’un n’empêche pas l’autre) eh bien s’accumule et finit tôt ou tard… par céder.Alors il n’y a rien de grave à cela. Les débordements ça se gère mais si on peut s’en passer, cela peut-être agréable. Qu’est-ce-que vous en pensez ?
Personnellement je dis oui ! Un barrage avec des vannes c’est beaucoup mieux et il s’appelle : congruence
En une phrase courte c’est : « être aligné avec ce que l’on pense, ce que l’on dit, ce que l’on est et ce que l’on fait. » Elle est pas belle la vie ?!
Vous noterez deux notions qu’il n’y a pas dans la cohérence :
1 / Ce que l’on pense (nos besoins).
2/ Ce que l’on est (nos valeurs).
C’est pas rien quand même !
En bref, si vous voulez, la cohérence c’est comme pouvoir dire : « je pratique le yoga » et ne faire que la posture du mort.
La congruence c’est encore dire : « je pratique le yoga » mais en sachant faire la salutation au soleil.
Donc je vous l’accorde, ici, maintenant, pleinement, chercher à être congruent est plus ardu que de se tenir cohérent. Mais à court terme petit scarabée ! Je ne pense pas du tout que cela tienne jusqu’à l’infini, (on est d’accord que tenir la posture du mort toute une vie... ce n’est pas vivre !) car tout bonnement la cohérence ne prend pas en compte l’entièreté de ce que nous sommes, la substantielle nuance que j’évoquais plus haut qui permet de pouvoir embrasser toute notre personnalité. Et franchement, ça serait dommage de se prendre pour un écusson alors qu’on est une médaille !
Donc si je cherche à devenir congruent, ça se passe comment ?
Le point qui suit vaut uniquement pour celles et ceux qui sont parents à haut-potentiel culpabilisant, pour les autres vous pouvez directement passer à l’étape 1 :
Selon moi, le better du better une fois que vous devenez parent c’est de passer au crible toutes les choses que vous pouvez faire mais que vous ne voulez pas transmettre à vos, votre enfant. Ça s’appelle prendre une longueur d’avance parce qu’une fois qu’ils savent parler ils ont l’éclairante compétence de pointer du doigts l’enseeeeeeemble de vos incohérences. Donc selon moi mieux vaut avoir préparé ses fiches avant. Nos enfants sont les pires inspecteurs académiques de l’école Vie !
Accepter de me regarder dans mon ensemble. Cette première étape permet d’observer mes zones d’inconfort, de tensions, sans jugement, d’aller dans l’océan de mes dénis. C’est un peu comme prendre un bain dans l’hémisphère Nord le 01 janvier : ça pique mais ça nous met sur une bonne lancée ! Oui, ne grelotons pas !
Pourquoi ? Je reprends l’exemple de fumer mais l’exercice est le même pour comprendre pourquoi je me couche tard alors que je sais, je dis, je clame, que le sommeil c’est important ! Se priver d’une bonne partie de cette phase réparatrice dit quelque chose de nous comme tout ce qui ne tient pas de la logique dans nos comportements.
Etc.… etc. ... Bref accepter, là, maintenant, sur les failles de mon petit-être que j’habille, maquille, de mauvaise foi, de me demander : qu’est-ce que je veux ? Comment je le veux ? Qu’est-ce-que je peux ?
Une fois toutes les réponses apportées à ces questions (très désagréables en ce qui me concerne), puisque le sujet c’est d’être prêt à répondre à partir de ces besoins et non celui de l’environnement dans lequel nous sommes.
À ce moment-là, il est possible de passer à la phase : choix !
Je ne suis pas sympa (je vous l’ai écrit, je ne vous vends pas de la poudre à perlimpinpins) c’est le paragraphe le plus court du tuto mais le plus long à opérer je vous le dis. Passer de l’étape 3 à l’étape prend des mois, pour certains des années ! Alors cool Raoul. Pas de pression Gaston. On peut tous y arriver Chloé.
Ah que notre existence devient vaste à ce moment précis où nous avons apporté des réponses à nos questions ! Oui, parce que ces mondes VUCA ou BANI ont omis de nous signifier que nous avions le choix ! Oui ! Pas que “subir” avec sourire. Pas que faits pour culpabiliser.
Et c’est sur ce mot que je souhaiterais appuyer (comme sur le bouton de la fusée de détresse) : culpabiliser. Parce que selon moi, à toujours être cohérent on se maintient dans la culpabilité, alors que la congruence nous fait entrer dans la responsabilité et cela peut changer beaucoup de choses de notre environnement sans avoir à y toucher.
En un mot comme en cent être congruent permet d’être beaucoup plus aimable, honnête et patient avec soi. Et franchement ça fait du bien à soi-même et celles et ceux qui nous entourent !
Ah ! incarner la congruence ! Savez-vous d’ailleurs que c’est un mot très cher au grand psychologue Carl Rogers qui a développé l’Approche Centrée sur la Personne. Pratique qui se focalise sur les ressources « internes » de la personne et qui démontre depuis plus d’un demi-siècle comme les concepts de la compréhension empathique, le regard positif inconditionnel et.... la congruence peuvent être de puissantes clés.
Lorsque l’on incarne un choix et que l’on ne lui obéit plus tout devient extrêmement fluide et ce qui pouvait nous parasiter, a trouvé sa place.
La part fondamentale de la congruence selon moi est qu’elle ouvre à un dialogue avec soi et non plus une justification vis-à-vis de l’autre, et Dieu sait que la société peut-être bien plus inspectrice académique qu’un enfant ! Lorsque je suis congruent je suis le Roi, la Reine de mon existence, j’ai mis de la conscience dans ce que je faisais.
Pour conclure, je me suis aussi attachée à vous parler de congruence car selon moi, avec la variable « temps » (cf ma première chronique) elle est un autre facteur qui peut expliquer la pérennité et souvent le caractère innovant des structures et des personnes dont je témoigne dans Sésame, elles, ils, ne cherchent pas à être parfaits, ils sont alignés, ils ne vont pas « contre », ils font « avec » et c’est ce qui les invite à réinventer.
La cohérence appelle la perfection alors que le mieux est l’ennemi du bien nous le savons. La congruence, elle, appelle l’authenticité et le vertueux car il y a dans sa conceptualisation une dimension holistique que la cohérence ne prend pas en compte. Diriger, conduire, accompagner avec cohérence dans notre monde actuel peut devenir un exercice trop périlleux, la congruence revêt la possibilité d’être une clé pour autre chose de plus vivant, j’espère en tous les cas vous avoir pu vous le partager.
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